Speakeasy
Auteur(s): Vital Lacerda
Illustrateur(s): Ian O'Toole
Editeur(s): Eagle-Gryphon Games
Mécanisme(s): Echelles, Majorité, Multiples bonus, Objectifs communs, Pick-up and Delivery, Placement d'ouvriers
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SwatSh : 8,5/10
Speakeasy est le dernier Vital Lacerda (On Mars, Vinhos, Lisboa) et vu notre amour pour tout ce que fait cet auteur, la sortie de ce dernier était fort attendue par ici.
Speakeasy est le premier jeu économique de Vital, c’est-à-dire un jeu où l’argent est une ressource et une finalité puisqu’à la fin de la partie, c’est la plus riche qui gagne. Les joueuses vont donc dépenser de l’argent pour espérer en gagner plus !
Speakeasy était le nom donné à ces bars clandestins américains qui ont fleuri durant la prohibition de 1920 à 1933. Dans le jeu, nous sommes des mafiosi New Yorkais de cette époque qui allons construire des speakeasy à travers Manhattan afin d’écouler l’alcool qu’on aura précédemment distillé dans notre propre distillerie ou qu’on aura volé aux bateaux clandestins apportant certaines provisions en sous-calle. Le thème est assez bien représenté dans les mécaniques de jeu puisqu’on va voir fleurir les speakeasy et autres casinos des joueurs tout au long de Manhattan. Les joueurs vont devoir s’armer considérablement pour pouvoir faire face aux attaques d’autres mafiosi, jaloux de leur prospérité et voulant s’implémenter à leur place. Ils vont également devoir bien se cacher des policiers qui rôdent.
La mécanique centrale du jeu est du placement d’ouvrières. Le plateau offre 7 grandes actions possibles réparties en plusieurs sous actions. Une action principale peut être divisée en 3 sous actions : chacune permettant de réaliser l’action principale mais avec un bonus différent. Résultat, Speakeasy offre 14 emplacements d’action différents sans compter les 3 permettant de jouer une action déjà prise par un adversaire. Autant dire tout de suite que le jeu offre pas mal de choix et de possibilités. Les joueurs ne sont pas contraints par le jeu à certaines actions, ils ont, à chaque fois au moins une possibilité de faire l’action désirée.
La mécanique d’action & sous-action n’est pas nouvelle chez Lacerda mais elle est portée différemment dans Speakeasy. Dans Speakeasy, généralement, lorsque vous voudrez réaliser une action, le jeu vous permettra de la réaliser de plusieurs façons différentes, chacune accompagnée de différentes sous-actions possibles. Ce sera cette combinaison « action + sous-action/bonus » que les joueurs vont devoir optimiser et correctement planifier. Même si elle n’est pas nouvelle, j’ai vraiment bien aimé cette mécanique.

Même chose d’ailleurs pour la gestion des cartes action. Une partie des actions se font grâce à une carte action qu’on va choisir donc on ne va jamais être bloqué. Mais ces cartes action servent également de ressource pour réaliser certaines actions. Cette gestion de cartes action pour leur action ou comme ressource est assez sympa.

Enfin, j’ai trouvé la mécanique de blanchiment de l’argent sale très bien foutue même si elle est simple (et peut être aussi parce qu’elle est simple 😉 Vital ne nous avait pas habitués à ça 😃 ). L’argent sale on doit le cacher dans notre coffre. On va gagner beaucoup d’argent sale dans le jeu que l’on va placer dans notre coffre. Quand on doit payer quelque chose, on ne le fait qu’avec notre argent « propre ». Si on n’en a pas assez, on va devoir payer avec notre argent sale mais cela nous coûtera alors le double pour le blanchir. Autrement dit, si je dois payer 10$, ça me coûtera 10$ en argent propre ou 20$ en argent sale. A la fin du jeu, les PVs représentent la somme de l’argent propre et de l’argent sale. Dépenser le double est donc bien souvent peu efficace et il vous faudra bien peser le pour et le contre avant de vous y aventurer…
Là où le jeu pèche à mon sens c’est dans le déroulement du jeu. On a beau être libre du choix d’action à réaliser, en fait, on n’est tellement contraint qu’on se doit absolument de réaliser les actions d’armement. C’est un must. On se doit de bien protéger nos bâtiments en augmentant la force de notre clan et en envoyant nos membres de la famille protéger nos bâtiments. Sans ce minimum requis, on va perdre nos bâtiments et il faudra tout reconstruire. Et ce minimum requis prend beaucoup d’efforts. On n’a que 11 actions pour toute la partie et plus de la moitié de celles-ci sera dépensée à cet escient. C’est beaucoup. Ca ne laisse que très peu de place aux décisions stratégiques.

Car oui, il y a des axes stratégiques dans le jeu : réaliser des objectifs, se concentrer sur la fabrication et la vente d’alcool, se concentrer sur son réseau de speakeasy afin d’obtenir les majorités de construction par district ou piller des bateaux. Même si on a réellement 2 grands axes stratégiques : la vente d’alcool ou le gain des majorités. Les deux autres arrivent juste en soutien mais ne peuvent pas rivaliser en hauteur de gains. Et si on se concentre sur un de ces axes, on ne pourra pas faire grand-chose. En général 2 ou 3 ventes d’alcool par partie, c’est peu. Evidemment, cela permet d’éviter la répétitivité mais quand on sait que c’est le thème du jeu, ça fait un peu bizarre de ne suivre que si peu souvent.
On retrouve la belle patte de Lacerda et de son illustrateur Ian O’Tool dans Speakeasy. Le jeu est beau, son matériel est top, ses illustrations sont magnifiques et son iconographie limpide. Voilà l’exemple même d’une édition parfaite ! Vital explore un nouveau thème et une mécanique économique qu’il n’avait jamais utilisée auparavant. Le jeu offre beaucoup de choix d’actions mais contraint également très fort les joueurs qui doivent absolument tous faire les mêmes actions durant la moitié du jeu. La marge de manœuvre stratégique est donc fort mince et c’est ce qui me chagrine le plus dans le jeu. De plus, Speakeasy ne propose aucun crescendo ni gain de capacité asymétrique ce qui va appauvrir la rejouabilité du jeu. Mais on appréciera tout de même ses choix très variés ainsi que la planification et l’optimisation qui en découlent. Enfin, j’ai trouvé la mécanique toute simple de blanchiment d’argent sale tellement ingénieuse qu’elle fera date tant elle sera certainement réutilisée dans d’autres jeux..
Nouvelles parties
Après plusieurs parties de Speakeasy, j’augmente légèrement ma note d’un demi point. Le jeu est bien quand même 😉 Bon, je déplore toujours cette obligation d’augmenter sa force et de placer des agents à côté de ses bâtiments car ça occupe pas mal d’énergie mais c’est finalement un peu comme la gestion de la nourriture dans Agricola, c’est un mal nécessaire 😊 Et finalement, même ça, il y a moyen de l’optimiser et de diminuer les actions pour y arriver afin de libérer un maximum d’autres actions pour faire des choses beaucoup plus lucratives comme d’attaquer des bateaux, produire sa propre gnôle et l’écouler, écrire des bouquins et atteindre les objectifs,…

Chaps: 9/10
L’audio de Chaps

Clem: 9,5/10
Comme l’a très bien souligné SwatSh dans son avis, quand un nouveau titre de Vital Lacerda arrive, on a les yeux qui brillent, le cœur qui s’emballe, les mains qui tremblent ;-)… Surtout que, pour ma part, j’avais été un peu moins convaincu par son dernier titre, Inventions: Evolution of ideas que je trouvais moins immersif que les précédents.
Avec Speakeasy, je peux affirmer direct que je suis rassuré à 200 %!! En effet, J’y retrouve tout ce que j’aime chez Lacerda, avec un thème ultra-présent, tant dans l’ambiance que dans les mécaniques. On plonge vraiment dans le Manhattan des années 1920, en tant que chef mafieux cherchant à étendre son influence sur les quartiers pour amasser toujours plus d’argent, et surtout de l’argent bien sale, issu de la contrebande d’alcool et d’autres activités très illégales. Pour y parvenir, tous les coups sont permis : ouvrir des speakeasies, des casinos, des distilleries, braquer des navires… Et pour survivre dans ce milieu impitoyable, il faut recruter des hommes de main prêts à tout et surtout à faire le sale boulot, tout en s’alliant avec d’autres mafieux (PNJ).

Comme souvent chez Lacerda, on se sent un peu perdu au début, face à la multitude d’actions possibles. Le plateau de jeu en propose 7 principales, chacune avec 2 ou 3 actions secondaires. Sachant qu’on n’a droit qu’à 11 actions principales dans toute la partie, mieux vaut éviter les impairs. Le jeu se déroule en effet en 4 manches et on commence avec 4 Capos (bras droits) pour agir, puis on passe à 3, et enfin à 1 seul en dernière manche. Malgré tout, entre les actions secondaires et les nombreux bonus, il y a toujours moyen de rebondir comme souvent dans les jeux de Vital. Les objectifs à court, moyen et long terme aident aussi à structurer ses choix, et la planification reprend vite le dessus.

La mécanique de séparation entre argent « propre » et argent « sale » est simple, mais diablement efficace et thématique. Comme l’argent sale reste caché des autres joueurs, ça ajoute une tension autour de la table et il est bien difficile de savoir qui en possède le plus… car pour gagner pas de salade de points, mais une salade de cash$$. En effet, à la fin de la partie, on réuni argent sale et argent propre et c’est celui qui en a amassé le plus gros paquet qui gagne…;-). Même si le scoring final peut rapporter gros, il faut en accumuler un maximum pendant la partie. De plus, je pense qu’il ne faut pas hésiter pas à dépenser son argent sale dès le début pour bien se lancer dans le milieu, ça paie sur le long terme. Dans notre première partie, un joueur a refusé d’y toucher durant le cours du jeu… et résultat : il a fini dernier.

Bien sûr, les mafieux rivaux gagnent en puissance au fil du jeu, et la pression policière s’intensifie. Il faut donc s’assurer un allié mafieux solide et protéger ses bâtiments pour ne pas les perdre – ce qui peut vraiment faire mal pour le contrôle des districts. C’est une contrainte à gérer, mais franchement rien d’insurmontable.
Évidemment, Speakeasy est un jeu expert, exigeant en temps : comptez 45 minutes de préparation et environ 4 heures à 4 joueurs. Mais franchement, ça en vaut largement la peine.
En résumé, Speakeasy est un petit bijou pour les amateurs d’eurogames riches et profonds. J’espère que Vital continuera longtemps à nous concevoir des jeux aussi aboutis.

Vin d’jeu d’vidéo
L’explication des règles et l’analyse du jeu par Chaps

Dans l’antre de Ludicorner & Golden Meeple
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Si il y a bien un point en commun que j’ai avec l’équipe de Vin Djeu (que j’adore !) c’est notre amour pour les jeux de Vital Lacerda !
Aussi, quelle déception de lire cette critique qui m’a dans un premier temps chagriné…Heureusement, j’ai attendu plusieurs semaines avant de répondre et j’ai pu arpenter le jeu de long en large avant de me dire que je n’étais simplement pas d’accord avec vous, ce qui n’est pas grave, et je pense aussi que peut-être que vous manquez de recul et de parties pour bien appréhender ce nouvel opus de Vital Lacerda.
Pour commencer vous dites que c’est le premier jeu économique, et bien : pas du tout puisque Escape Plan était aussi une course à rassembler le plus de dollars. Première fois d’ailleurs où je n’étais pas d’accord avec votre critique. C’est le Larceda que l’on écarte systématiquement, parce qu’il est tellement fun qu’on le met toujours de côté, honteux d’y avoir pris autant de plaisir. Mais je continue à penser que c’est l’un des tout meilleur de l’auteur parce qu’avec plusieurs dizaines de parties, je n’ai encore pas fait le tour des combos et des situations.
Évidemment, Escape plan n’est pas le chef d’œuvre On mars, mais tout de même… On Mars d’ailleurs qui, selon moi encore une fois, a permis l’émergence de mon Lacerda préféré : On mars, Alien invasion. Notre deuxième désaccord concernant un Lacerda ! Quel pied de jouer l’Alien en semi-coop pour défourailler les 4 autres qui s’échinent à tenter de jouer à… On Mars. Et la version totale coop ! Quel génie d’enterrer tous les Daviau/Leacock de la terre avec une version réellement experte et vertigineuse de Pandémic On Mars… 4 configurations qui transfigurent littéralement le chef d’oeuvre originel ! Du vrai narratif intégré avec un brin de folie dans un des Eurogame les plus exigent de tous les temps… Mais cette extension a été vide balayée de la main par une communauté ludique suffisante et axée sur une fuite en avant vers une boulimie de nouveauté et de Hype! Parce cette extension demande d’être sacrément à l’aise dans On Mars, et que peu de gens ont eu le temps de rendre On mars trivial.
J’avoue qu’après ce sommet ludique, les Larcerda m’ont paru un peu fades. Kanban et ses 4 version paraissent tout de même bien datés (et le thème n’est guère sexy pour moi). Weather Machine que personne n’a osé qualifié de ratage en est un, désormais revendiqué (le Lacerda le plus facile et le moins cher à acheter d’occasion). Quel investissement dans une partie pour un plaisir ludique décevant ! Invention of Ideas a voulu rassurer, pur produit KS d’appel, mais trop scolaire, laborieux et sans fantaisie, il a oublié d’apporter le plaisir du flow pour accompagner les brillantes mécaniques mais avouons le : qui tourne à vide.
Ici, Vital s’est simplement dit qu’il n’en avait plus rien à faire des critiques prétentieuse des praticiens ludiques : lui, ce qu’il kiffe c’est de faire les jeux les plus cossus, avec un degré de thème tellement intégré qu’il en devient presque narratif. Du moins, le joueur en sort au bout de 3 heures avec l’impression d’avoir vécu quelque chose qui se rapproche de l’expérience cinématographique… Parce que Vital Lacerda est un grand cinéphile. Et cela se ressent. Voilà donc Speakeasy, avec probablement son prix de l’Expert Game Award en chemin et sa note de 8.5 sur BGG qui le place comme le meilleur Lacerda de tous les temps : c’est peu dire ! J’espère que la note va se maintenir parce qu’il la mérite, mais vous savez, les « enfants gâtés » de la communauté ludique vont venir mettre une mauvaise note parce qu’ils trouveront une couleur trop criarde ou qu’ils estimeront avoir payé trop cher l’Add On de billets en bois qui « ne sont pas si bien que ça ! ».
Vous dites que c’est peu 2 ou 3 ventes d’alcool, parasitées par une obligation de s’armer et de se protéger… MAIS le thème n’est pas la vente d’alcool, le thème c’est la prohibition. Un film sur la prohibition est censé vous montrer combien de séquence de vente d’alcool ? de soirée ? de braquage ? de règlement de compte ? pour vous rassasier…? Et bien ici, il y a tout cela, et bien plus. Non, ce n’est pas un banal jeu de gestion de vente d’alcool (et moi je m’en réjouis), c’est une guerre pour faire sa place, avec ses imprévus et ses opportunités. C’est tout simplement Génial, il n’y a aucune martingale, aucun passage obligé. Il ne s’agit pas d’échapper à l’affrontement, mais de se demander si cela vaut le coup de le retarder ou d’y foncer sur le champ ! Gagner ou perdre devient secondaire dans ce jeu. Survivre suffit pour que le flow ait opéré.
Merci beaucoup pour ton « contre » avis hjamois très intéressant et qui
Place les choses en perspective. Santé et amuse-toi bien
Merci beaucoup de ne pas prendre cet avis trop à coeur ! En tout cas, le prix de l’expert game award vient apporter de l’eau à mon moulin. Bises !